Aaron SORKIN | HBO | 2012

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Aaron SORKIN | HBO | 2012

La série de HBO résonne comme une mise en garde contre la vague populiste qui a finalement triomphé en novembre 2016.

Fin 2019, The Guardian rapporte que l’auteur et scénariste Aaron Sorkin aurait été approché pour envisager une suite à la série The Newsroom, qu’il avait produite pour HBO entre 2012 et 2015.

S’il peut paraître mal venu de ressusciter une série achevée depuis bientôt six ans, le cas de The Newsroom interpelle. A l’ère de la présidence Trump, ce retour sonne presque comme une évidence. Car Trump est son plus grand némésis. Non-seulement le personnage incarne tout ce contre quoi les héros de la série se sont battus pendant 3 saisons, mais sa réussite symbolise leur échec. Plus encore, il illustre l’échec de la série elle-même et de son discours.

Le Président Trump est tout ce contre quoi The Newsroom prétendait alerter les médias et l’opinion. Toutefois, ironiquement, il est également en partie sa création. Le personnage polémique et populiste ne rentre pas dans la logique de débat raisonné, intelligent et civil établie dans la série. A de maintes reprises, il s’est montré capable de la contourner, de la pousser dans ses retranchements et de la briser. Affranchi des règles établies par The Newsroom, il échappe entièrement à sa rhétorique. La série et le président sont voués à se répondre mais peuvent-ils seulement s’entendre ? The Newsroom la mal aimée résonne aujourd’hui comme une mise en garde contre la vague populiste qui a triomphé en 2016. Une histoire à laquelle elle a elle-même participé.

Voici pourquoi The Newsroom est une série essentielle lorsque l’on pense l’Amérique de Trump et les enjeux de la presse aux Etats-Unis.

Le récap

La série suit les tribulations d’ACN, une chaîne d’informations qui tente de promouvoir un débat d’idées structuré et raisonné, pris dans le tumulte d’une opinion publique qui se déchire et de la radicalisation du débat politique.

Emily Mortimer dans The Newsroom (HBO)

Dans la Saison 1, un changement de mentalité à la tête de la production entraîne la chaîne dans un combat contre l’idiocratie ambiante et la rhétorique délétère du Tea Party. L’audience est emportée par le fantasme de cette arrière-garde intellectuelle, ultime rempart de la démocratie.

La Saison 2 voit le rêve se muer en cauchemar alors que ses personnages font l’expérience de l’échec. Tous les idéaux du monde n’ont pas su les prémunir d’une faute professionnelle et éthique humiliante. Malgré leurs discours, ces héros n’en demeurent pas moins faillibles. Un retour à la réalité froid et bouleversant.

A l’aigreur de ses personnages, la Saison 3 ajoute le supplice de son public quand la chaîne doit accepter de compromettre ses idéaux pour exister. Pendant cinq épisodes insoutenables à qui s’est laissé emporter par l’idéalisme des premiers jours, elle trahira toutes ses promesses et ses ambitions passées pour devenir la caisse de résonnance des réseaux sociaux. Une tache indélébile sur sa vertu que l’ultime épisode tentera de racheter en caressant la promesse d’un compromis. Une conclusion qui se veut en demi-teinte mais ne peut atténuer l’amertume d’un espoir final qui sonne faux.

Un scénario qui pousse donc à rêver mais garde les pieds sur terre. The Newsroom est le bébé d’Aaron Sorkin, l’un des auteurs les plus respectés de sa génération. Célèbre pour la qualité de ses dialogues et son art du sous-entendu, il offre à la série l’un de ses principaux atouts : ses joutes verbales subtiles et incisives, ponctuées de discours grandiloquents sur la valeur de l’information. Des envolées lyriques parfois naïves, qui retomberaient lourdement dans toute autre série, mais sont ici très efficaces tant Sorkin maîtrise ses personnages et leurs enjeux. Une maîtrise de la dialectique et de la rhétorique assez rare à la télévision comme au cinéma. En plus de cette qualité d’écriture, The Newsroom peut compter sur des séquences lourdes en émotion, portées par un solide casting -et un trio de tête sublime comprenant Jeff Daniels, Sam Waterson et Jane Fonda. Portée par son interprétation, des enjeux palpables et ses thèmes universels, la série tient son public en haleine d’un bout à l’autre.

Tour à tour humiliés, compromis, menacés et trahis, les héros de The Newsroom incarnent un idéalisme et un élitisme à la fois profondément américains et résolument hors de leur temps.

Une posture qui a déclenché l’ire des conservateurs républicains, déjà remontés contre le mépris des élites côtières, mais aussi d’une partie de la profession qui ne supporte pas que l’on lui dicte son travail.

L’annulation

Malgré ses atouts, la série ne finira pas sa course naturelle et l’écriture de la Saison 3 sera revue et corrigée en hâte pour en faire le chapitre final. Une annulation qui tient à de multiples facteurs.

Avant même de s’intéresser à ce qu’il contient, il faut prendre en compte l’ambition du projet. The Newsroom est un projet géré d’un bout à l’autre par son créateur, Aaron Sorkin, qui veille au grain sur son concept. La quantité de travail demandée, conjuguée à des désaccords de production de plus en plus fréquents avec HBO, engendrant de multiples retards, a fini par lasser l’auteur.

A ce climat tendu viennent s’ajouter des critiques, tant sur la forme que sur le fond.

 

Sur la forme d’abord. La série est visuellement peu attractive, tout dans sa technique et le travail de son image rappelle les séries des années 1990, avant le fameux Âge d’or de la Télévision auquel cette série semble presque refuser d’appartenir. Même son générique respire le vintage, et évoque surtout une autre série d’Aaron Sorkin : la désormais culte The West Wing qui apportait une candeur et un idéalisme similaire au monde de la politique américaine. Avec The Newsroom, Sorkin décline une formule bien rôdée mais appartenant à une autre époque. Ironiquement, les jeunes téléspectateurs qui auraient pu être séduits par ce discours anti-mainstream se montrent très attachés aux codes visuels et esthétiques les plus répandus aujourd’hui. Adoptant un parti pris cohérent avec son discours nostalgique, la série marque un trop grand décalage avec son temps, qui ne parvient plus à séduire.

 

« Pourtant, c’est aussi le cas de la série Hollywood, qui traite du cinéma des années 1940-50 avec une pâte visuelle marquée de nostalgie, ce qui ne l’empêche pas d’être très populaire ».

La terreur que suscite l’idée d’une telle confusion ordonne de l’anticiper et d’y répondre sur le champ. Hollywood a trouvé un compromis judicieux entre des plans évocateurs des années 50 et une qualité et une fluidité visuelles résolument contemporaines. L’image de The Newsroom manque de cette douceur visuelle, on devine presque un grain.

Aussi, The Newsroom ne repose pas sur un casting tiré des dernières aventures de Barbie et Ken. Ses physiques banals et authentiques ne servent pas à séduire des groupes ou catégories de population spécifiques.

Avec ses grands discours et ses archétypes moraux, la série manque du cynisme des séries actuelles. Contemporaine de succès planétaires comme Game of Thrones, Breaking Bad et True Detective, elle s’inscrit fortement en décalage et en a peut-être payé le prix.

Sur le fond, The Newsroom est vivement critiquée, et demeure l’une des séries les plus polémiques et clivantes de l’histoire de la télévision. Entre l’absence de véritable répondant conservateur dans la série et une posture morale qui peut sembler méprisante, elle s’attire la haine d’une partie de l’opinion.

Aaron Sorkin a d’ailleurs partagé son ressenti face à cette colère tenace :

 

“There are many people who weren’t just disappointed with The Newsroom but really maddened by it. It was impossible to avoid hearing that.”

 

 

« Beaucoup de gens n’étaient pas seulement déçus de The Newsroom, ils étaient fous de rage. On ne pouvait pas l’ignorer. »

 

Attaquée de front, The Newsroom n’a pas pu compter sur le renfort des médias américains, également dénigrée par une partie de la presse qui s’est sentie visée par la critique acerbe de la série. Parmi les plus notables, un article à charge du Guardian contre l’arrogance de la série. Une critique qui reste largement superficielle.

Des critiques qui, si elles ont eu raison de la série, ne peuvent éclipser ses forces ni diminuer son héritage. Car au-delà de l’habileté de ses dialogues ou de l’émotion qu’elle suscite,

The Newsroom est une série profondément importante, et ce pour quatre raisons :

1/ Alerte, elle a anticipé le mouvement populiste qui a porté Trump au pouvoir

Donald Trump donne un discours lors de sa campagne

Diffusée entre 2012 et 2015, la série apporte un regard critique sur l’ascension du Tea Party et la dangerosité de sa rhétorique populiste, qui s’est emparée du débat public aux Etats-Unis.

The Newsroom évoque des enjeux qui semblent toujours très actuels :

  • Le noyautage du Parti Républicain par les partisans du Tea Party et la transformation -ou radicalisation- idéologique du « Grand Old Party ». Dans la série comme dans la réalité, il semble parfois qu’être fondamentaliste, homophobe, anti-science et xénophobe soit devenu l’abécédaire du parti conservateur.

     

     

    The Newsroom montre comment de rares Républicains opposés à la nouvelle ligne, résolument anti-libérale et fermée à la coopération extra-partisane, se voient sanctionnés et limogés par le Parti. Une représentation de la stigmatisation et de la répression au sein du GOP presque trop fidèle. Les conservateurs les plus radicaux ont désormais l’habitude de désigner des moutons noirs parmi leurs collègues les plus modérés. Ce sont des RINO, « Republicans In Name Only » (« Républicains seulement dans le nom »), aux positions jugées trop libérales et progressives. Une radicalisation profonde de l’échiquier politique américain saisissante qui n’épargne personne. Trump s’en est récemment pris à Mitt Romney, l’ancien candidat Républicain à la présidence des Etats-Unis en 2012, qu’il a qualifié de RINO en raison de sa posture modérée sur le coronavirus. Une critique relayée par les fidèles du président au sein du parti et des médias conservateurs.

     

     

    En résulte un climat politique profondément malsain, dans lequel des élus Républicains pratiquent l’autoradicalisation de peur de s’attirer les foudres l’exécutif et du parti qui pourrait les exclure. Une nouvelle classe de zélotes, menée par Mitch McConnell, président du Sénat américain devenu premier défenseur de l’exécutif, et ouvertement prêt à mentir pour assurer la continuité et la stabilité du pouvoir en place.

     

  • Des attaques et des ingérences violentes de la part de la sphère politique conservatrice dans les médias. The Newsroom reste incroyablement réaliste dans sa manière de représenter un groupe de médias. Lorsque la chaîne ACN s’engage dans un bras de fer avec la droite américaine, son Groupe, AWN, intervient pour y mettre un terme. La raison ? Une pression systématique de la part des conservateurs, à travers la désertion des annonceurs, visant à assécher ses recettes, et l’exclusion des dirigeants du Groupe de réunions et de soirées organisées par des membres du Congrès. Le PDG Reese Lansing perd son accréditation.

     

    De la même manière, Trump s’est illustré au travers de violentes attaques contre le Groupe Time-Warner (aujourd’hui WarnerMedia), en répercussion de ses nombreuses altercations avec la filiale du Groupe, la chaîne d’information CNN. Une péripétie de The Newsroom est particulièrement marquante à ce propos. Parti suivre la campagne de Mitt Romney, le producteur d’ACN Jim Harper est exclu d’un bus affrété par le parti Républicain pour les journalistes, en raison des prises de position de la chaîne. De la même façon, en novembre 2018, le journaliste de CNN Jim Acosta s’est vu retirer son accréditation à la Maison-Blanche après une session de questions-réponses tendue avec le président Trump.

     

  • Enfin, la série a, à sa façon, presque anticipé sa défaite face à cette vague populiste. Ses personnages échouent dans leur quête et ne parviennent jamais à redéfinir le débat public. Malgré sa dimension idéaliste, la série reste profondément réaliste sur la transformation de la politique américaine et la réputation des médias.

2/ Clivante, elle a fracturé l’opinion américaine

Groupe de jeunes hommes célébrant la victoire de Trump

Du fait de son ton et la contemporanéité du sujet dont elle traite, la série a eu un impact certain sur l’opinion. Déclenchant la haine des conservateurs, elle a illustré le « mépris » des élites politico-médiatiques, côtières et libérales, pour le peuple et les Blancs de la classe moyenne en paupérisation. Un discours au cœur de l’élection de 2016.

A son insu, The Newsroom a participé à la consolidation d’un grand mouvement populiste :

  • Son élitisme, qui encense les experts et méprise les émotions à chaud, et son ton paternaliste ont déclenché l’ire des plus radicaux. Une opposition farouche qui, comme décrit plus haut, a participé à sa conclusion prématurée. Le traitement du Tea Party par Sorkin ressemble trait pour trait à celui de la gauche américaine et de ses relais médiatiques. En s’inscrivant dans ce discours dominant au sein des élites, The Newsroom passe pour un agent de propagande antisubversif et politiquement correct. Comme la gauche libérale, elle a pêché par sa propension à incarner la vertu et la morale, nourrissant par-là ses détracteurs, qui ont associé critique de la série et critique des vrais médias libéraux.
  • Car justement, des voix se sont élevées pour dénoncer la série et sa « propagande libérale », et incarnent depuis l’opposition au discours des « médias dominants ». C’est le cas du vidéaste Steven Crowder qui publie une vidéo à charge contre The Newsroom en juillet 2015. Suivi par près de 5 millions de personnes, Crowder s’est par la suite illustré par de nombreux happenings dans les universités américaines dans lesquels il humilie à tour de rôle les environnementalistes, les tenants de la théorie du genre, les féministes -bref, les libéraux. Sa popularité lui a valu de nombreuses attaques et ses comptes Twitter et YouTube sont régulièrement sanctionnés. The Newsroom est devenue partie d’un tout, un énième argument contre la domination des élites moralisatrices.
  • Un élément de la série frappe en particulier. A de multiples reprises les personnages justifient leur engagement par l’idée d’une « mission civilisatrice » au service du bien commun. Cette idée, qui paraissait un brin arrogante mais naïve, est devenue presque gênante quand, en septembre 2016, Hillary Clinton s’en prend aux supporters de Trump qu’elle nomme « les déplorables ». Une expression et une attitude qui lui ont chèrement coûté dans l’opinion. Le parallèle n’a fait que renforcer la haine du camp conservateur pour la série de HBO et la suffisance des libéraux.

Il faut également que la qualification du Tea Party en « Talibans américains » a peut-être desservi la série. Un peu.

3/ Nostalgique, elle rappelle la gloire du grand journalisme américain

Pile de journaux avec la mention "NEWS"

La série s’inscrit dans une longue tradition américaine du journalisme engagé et réformateur. Une culture qu’il est important de rappeler à une époque où l’opinion doute de ses médias et où le discours politique prétend échapper à leur surveillance.

  • Les héros de The Newsroom portent en eux un héritage. A travers ces archétypes moraux, leur combat tragique et leurs discours flamboyants, Sorkin dresse le portrait d’une Amérique toujours fière de son 4ème pouvoir et fait appel aux icônes de sa gloire passée. A plusieurs reprises, la série invoque ses références. Murrow, le pionnier du nouveau journalisme diffusé à toute la nation grâce à la télévision, homme engagé et déterminé, opposant farouche du maccarthysme et instrument de son effondrement. Cronkite, dont la couverture critique du Vietnam et du scandale du Watergate lui a valu une réputation irréprochable et une influence inégalée.
  • Si The Newsroom s’accroche à ces grands noms du journalisme, ces figures de droiture morale, c’est aussi pour répondre à un besoin. Malgré la radicalisation du débat public, le public américain cherche constamment ses nouveaux « pourfendeurs » du bigotisme, du mensonge et de l’idiocratie. A tel point qu’il est allé jusqu’à chercher cet esprit critique et engagé…dans des émissions humoristiques.

    En 1997, l’humoriste Jon Stewart reprend les rênes du Daily Show et utilise sa tribune pour dénoncer et moquer les mensonges de la classe politique et des médias conservateurs américains. Sa réputation grandit lorsqu’en 2004, invité par l’émission à scandale Crossfire, il expose l’hypocrisie et les mensonges de ses animateurs devant l’Amérique entière. Crossfire est rapidement annulée et Stewart devient véritablement une figure de l’intégrité journalistique. Elu six fois l’Homme le plus influent des Etats-Unis, Stewart forme d’autres animateurs de talk-show comme Steven Colbert et John Oliver, qui dispose aujourd’hui de sa propre émission sur HBO. Si la popularité de ces émissions tient évidemment au pouvoir comique de leurs présentateurs, leur réputation s’est bâtie sur une rigueur intellectuelle issue du grand journalisme américain.

Dans une Amérique en perte de repères, l’opinion se divise et le débat devient difficile.

 

Dans ce contexte, The Newsroom vient réveiller en chacun la flamme du grand journalisme politique, idéal d’engagement et de rigueur morale. La principale intrigue romantique de la série tourne autour d’un couple brisé par la trahison et la défiance, mais toujours profondément amoureux. Deux êtres réunis par leur attachement à l’information et leur combat pour la vérité. A travers ses héros, Sorkin tisse la métaphore d’une Amérique brisée, qui a perdu confiance en sa presse, mais dont la flamme peut brûler à nouveau.

 

4/ Idéaliste et rebelle, elle nous pousse à rêver l’Amérique intelligente

Jeff Daniels dans la série The Newsroom (HBO)

Nos héros ont échoué et, persévérant dans l’erreur, ils se sont compromis, mais ils n’ont jamais abandonné leur rêve d’un média libre et engagé. C’est là que The Newsroom dévoile son génie.

Malgré toutes ses critiques en naïveté, en facilité ou en arrogance, elle démontre au contraire sa grande compréhension du genre humain. Car après tout, qu’est-ce que l’humanité, sinon cette prétention folle à incarner l’espoir et le changement ? Ce courage insolent, qui pousse nos plus grands héros au-devant des obstacles et braver le tumulte des cyniques pour la satisfaction du devoir accompli.

Voilà en substance le message de cette « mission civilisatrice » maladroitement formulée et victime de l’Histoire. Il ne s’agit pas d’éduquer des conservateurs réduit au rang d’enfants perdus, mais leur redonner l’envie d’un débat d’idées civil et censé.

C’est là le message de ce « greater fool » comme le nomme Sorkin, ce Don Quichotte des temps modernes. Le fantasme de nos personnages les conduit irrémédiablement à leur perte, mais son irruption soudaine et le désir qu’il suscite perdure.

Partout on observe l’émulation de cet idéalisme, et pas seulement dans des médias de gauche comme New York Times, CNN. L’animateur de Fox News, Shepard Smith, s’est constamment opposé à la désinformation de l’administration Trump, une attitude qui lui a valu des acclamations à gauche. S’il a finalement été limogé par la chaîne, Smith démontre par son exemple que la droiture morale n’a pas de couleur politique. Ces « héros » du quotidien continuent de s’élever. La plupart du temps, ils perdent, mais ils nous grandissent par leur combat.

Le message clé de la série : « We lost the audience. GET IT BACK ! » n’a jamais été aussi valable qu’aujourd’hui.

Vers l’avenir

The Newsroom s’est parfois montrée trop prescriptive et professorale, rebutant même parmi les centristes. La série dépeint la réalité du travail journalistique aussi authentiquement que The West Wing décriait la classe politique ; c’est-à-dire pas du tout. Mais l’essence de la création d’Aaron Sorkin n’est pas dans la représentation fidèle du travail minutieux d’un rédacteur de presse, elle réside dans ses thèmes, dans un idéalisme qui devrait porter les acteurs de l’information.

L’échec des héros de The Newsroom est d’autant plus tragique que sa figure centrale est lui-même un Républicain. Plus qu’une élection, Trump lui a ravi son parti, son identité politique.

Trônant depuis longtemps au sommet de mes séries « feelgood », The Newsroom est plus que jamais un refuge ; le reflet d’une gloire, d’une flamme que jamais le populisme n’éteindra, la gardienne de valeurs irrépressibles et inexpugnables et une source de confiance.

Alors la série peut-elle revenir à l’ère Trump ?

L’affiche est alléchante. Après tout, le fameux “Make America Great Again” est diamétralement opposé au discours d’ouverture de The Newsroom qui entreprend justement de déconstruire les arguments de la puissance américaine. Si le slogan populiste n’est sûrement pas directement lié à la série elle-même, il lui apporte une réponse cinglante.

Will McAvoy peut-il parler à/de Donald Trump ?

Au fond, il est peu probable que même le grand orateur et dialecticien de The Newsroom parvienne à communiquer ses idées et apporter quelque chose de constructif. Les deux hommes ne sont pas aux antipodes, ils évoluent sur des plans cosmiques différents. McAvoy crée le débat, structure, apporte des arguments et des témoignages et prend son interlocuteur au piège de sa propre hypocrisie. Trump ne suit pas cette logique, il a déjà démontré sa capacité à surmonté le débat pour éviter de s’y retrouver disputé. Il n’hésite pas à briser les règles et n’exprime pas la honte ; il blâme et il broie.

L’Amérique selon Trump est un monde dans lequel The Newsroom ne peut exister. Trump n’a pas de considération pour Don Quichotte et sa tragédie, il le met à nu, le traîne au sol et expose au monde sa candeur folle.

 

La confrontation semble perdue pour The Newsroom.
Mais rien que pour la beauté du geste, on aimerait les voir essayer.

 
Jeff Daniels dans la série The Newsroom (HBO)