David KAJGANICH | AMC | Anthologie | 2018

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David KAJGANICH | AMC | 2018


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Dans ce grand désert blanc et froid, rien ne vit, rien ne pousse, et la mort est lente.

Arrivée trop discrètement sur les écrans aux Etats-Unis comme en France, The Terror est une expérience de télévision rare et intime, qui mérite que l’on parle d’elle.

Introduite par une bande-annonce noire et saisissante, la série, produite par Ridely Scott pour la chaîne premium AMC (Breaking Bad, Halt and Catch Fire, Mad Men, Turn) s’annonçait prometteuse. De quoi s’attendre à une bonne série. Mais pas à une claque de cette envergure.

Les années passent mais son empreinte demeure et suscite la même émotion, mélange de surprise et d’envoûtement.

En tant qu’anthologie, le sujet de la série n’est jamais le même d’une saison à l’autre. Le présent article est donc consacré entièrement à sa saison introductive, celle qui a forgé sa réputation.

Cette première saison de The Terror est de ce genre de série qui ne peut laisser indifférent. Alternant entre réalité historique et thriller d’épouvante, elle vient combler les zones d’ombres d’une expédition depuis longtemps disparue. L’Histoire est écrite et la lente progression de l’horreur vient renforcer ce sentiment d’impuissance face au destin inévitable et implacable de ces malheureux. Un voyage sans retour à l’ironie glaçante.

Le récap

Un équipage enthousiaste entreprend la traversée de l’Arctique, en quête de découvertes qui ancreront leurs noms dans l’Histoire. Des marins familiers de la région polaire, pour qui cette traversée est avant tout un voyage de principe.

Le HMS Erebus et le HMS Terror sont parmi les navires les plus avancés de leur époque. Leurs cales regorgent de vivres et leurs ponts grouillent d’hommes vifs et aguerris. Marins, soldats, scientifiques, médecins ; ils sont la fine fleur de l’empire britannique, l’élite de la grande puissance maritime au monde.

En théorie ils sont prêts à tout, mais une série d’erreurs humaines, de malchances et de trahisons font rapidement chavirer tout espoir d’une croisière heureuse. Perdus dans l’immensité glacée, ils font l’épreuve de l’adversité.

En ces lieux rôde une chose terrifiante ; une ombre dans la nuit, une morsure dans le froid, une peur sans nom. Mais cette menace n’est que le commencement de leurs tourments ; car ces hommes en perdition vont être confrontés à un mal d’une autre envergure. Une présence maléfique en sommeil, une noirceur dévorante et insurmontable : l’Homme.

Le froid, la faim, l’abandon, la folie et la mort ; personnages et spectateurs embarquent sur un chemin de souffrances. Un voyage au bout de l’enfer qui ne laissera personne intact. Dans ce grand désert blanc et froid, rien ne vit, rien ne pousse, et la mort est lente.

1/ Une histoire vraie aux accents mystiques

The Terror est l’adaptation du roman éponyme, par l’écrivain Dan Simmons (1948-), un auteur de fantastique et de science-fiction plusieurs fois récompensé.

Le pari de The Terror, c’est d’allier historicité des faits et des personnages avec un élément perturbateur et fantastique. Un croisement entre Master & Commander de Peter Weir et The Thing de John Carpenter.

Une reconstitution

Le récit suit l’expédition de Sir Franklin, une mission d’exploration maritime britannique entreprise en 1845. Sir Franklin est un capitaine aguerri et cette ultime mission doit lui apporter la gloire qui lui permettra de prendre une retraite bien méritée. Chargé de l’exploration de la région Arctique, il doit entreprendre la toute première traversée du Nord-Ouest, par le Détroit de Lancaster.

Cette expédition n’aboutira jamais et les deux bâtiments réquisitionnés, l’Erebus et le Terreur, sont perdus corps et biens, piégés par les glaces au large de l’île du Roi Guillaume, au Canada. Les épaves des deux navires sont demeurées disparues pendant plus de 150 ans, jusqu’à la découverte des restes de l’Erebus en 2014, puis du Terreur en 2016.

Sur le plan de la reconstitution, le travail des équipes de la production est conséquent et incroyablement soigné. D’abord sur les décors, avec des intérieurs minutieusement travaillés et une attention au détail jusque dans le mobilier des cabines, la vaisselle du capitaine et l’entretien du navire. Des éléments essentiels qui vont permettre de transformer un plateau de tournage comme un autre en lieu de vie animé et authentique.

Ensuite, dans ses personnages. Dans un souci de justesse historique, les noms et titres utilisés sont directement tirés du registre des deux équipages déclarés disparus. Un soin au détail et à l’historicité des personnages qui resurgit dans la cohérence de leurs ambitions personnelles, de leurs dialogues et de leurs rapports au sein de la chaîne de commandement. Tout dans cette série transpire l’époque victorienne et ses codes.

Une légende

A cette dimension historique vient s’ajouter un élément complémentaire et fantastique. The Terror marque avant tout par un personnage surnaturel omniprésent : la glace. Une glace qui enserre les navires et tient ses habitants captifs. Une glace qui monte progressivement et resserre son étreinte autour d’une coque qui grince et rompt sous ses assauts

Cette contrainte physique des éléments se décline tout au long des premiers épisodes et renvoie à une autre forme de violence, psychologique cette fois, qui va bientôt gagner les marins, dont le crâne semble craquer sous la pression de cette force surnaturelle. L’environnement inhospitalier et menaçant de l’arctique est donc une composante essentielle de l’atmosphère angoissante de The Terror.

Mais cette vaste prison gelée abrite un autre danger. Une créature surgie des ténèbres et défiant toutes les connaissances humaines. Un être intelligent et habile, qui a fait de l’Homme sa proie de prédilection. L’instrument d’une malédiction ancienne, liée aux croyances et aux rites du peuple inuit, qui retourne contre les intrus européens la violence et la douleur subie par les populations natives du Nord. Un objet de fantasmes dans son essence.

Cet élément surnaturel se dévoile lentement, car la série laisse avant tout à ses personnages le temps de grandir. Même dans ses grandes heures, le fantastique reste secondaire. The Terror est avant tout une histoire profondément humaine.

Le pont entre les mondes

Pour lier ces dimensions historique et fantastique, la série repose sur une astuce crédible et efficace : l’empoisonnement au plomb. Véritable fléau de l’époque, les conserves bon marché qui remplissent les cales du Terreur et de l’Erebus en sont recouvertes.

Dans la tradition tragique qui caractérise cette épopée, le mal est irréversible et sa révélation n’a donc aucun impact sur les chances de l’équipage d’en réchapper. Les effets de cet empoisonnement sont déjà constatables dans le premier épisode de la série, alors que l’expédition atteint les premières glaces.

Dans une scène d’effroi pur et intense, Scott va dépeindre avec beaucoup de subtilité la montée progressive de la folie engendrée par l’intoxication au plomb. Chargé de dégager une hélice prise dans la glace, un homme plonge seul dans ces eaux sombres et inconnues. Livré à lui-même et à la merci de l’océan, il est comme happé par la quiétude profonde et malaisante de son environnement. Une véritable ambiance d’épouvante peuplée de visions macabres et délirantes.

Une montée lente et graduelle vers l’horreur dont le style ne peut manquer d’évoquer un autre bébé de Scott et référence du genre : Alien.

Sous l’eau, personne ne vous entendra crier

Le ton de la série est donné. Intoxiqués, les marins tombent rapidement malades. Dans cet environnement mystique, propice aux fantasmes les plus sombres, ils sont frappés de visions et d’hallucinations qui les enferment individuellement et collectivement dans la folie, et prépare le terreau de leur funeste destin.

Pris au piège de l’hiver et des courants glacés du Grand Nord, les marins sont mis au supplice du froid polaire extrême. Leur lente décrépitude physique n’est pourtant qu’un prélude à leur agonie morale. La nuit s’abat et la civilisation s’effondre dans un silence lourd et crispé ; la prison se transforme en tombeau.

Pour mettre en scène cette fresque à la croisée des genres, The Terror fait le pari du format minisérie en 8 heures ; une formule efficace qui permet de dérouler cette aventure spectaculaire sans longueurs. Un véritable exercice de style.

2/ Un exercice de tension

Parlons du style justement. The Terror est un cas d’école en matière de création d’atmosphère. Une recette subtile, référencée et efficace, qui a beaucoup à apprendre tant à la télévision qu’au cinéma. La tension est omniprésente dans The Terror, mais elle tient principalement à quatre facteurs clés savamment utilisés : son rythme, son image, son ambiance sonore et son décor.

Le rythme

The Terror est une série qui prend son temps. Les deux premiers épisodes présentent peu d’action ou d’éléments fantastiques ; ils posent les personnages, leur expérience, leurs ambitions, les rapports entre eux. En faisant le choix de la prudence, la série taille des personnages fortement identifiables et se drape de toute l’authenticité d’une reconstitution historique et humaine.

C’est en cela que la série tient moins de l’horreur que de l’épouvante. The Terror ne sombre jamais dans les stéréotypes et les archétypes de l’horreur. Point de jump-scares, de musique éclatante ou de héros archétypaux pris dans une course effrénée.

La série génère une atmosphère d’épouvante qui se tisse lentement autour des personnages jusqu’à les recouvrir et finir par les engloutir. Toute la menace réside dans cette progression lente mais inexorable.

The Terror fait ainsi le pari de la peur psychologique, très efficace, qui tisse lentement sa toile mais marque à jamais les rêves.

L’image

C’est l’aspect le plus marquant de The Terror car, sur le papier, il était clairement celui qui pouvait lui faire défaut. Innombrables sont les aventures de grand spectacle rattrapées par les limites du budget télévisé. Un défaut qui a longtemps laissé son stigmate sur les productions de fantasy ou de science-fiction sur le petit écran.

Mais AMC démontre ici qu’elle est définitivement à la hauteur de ses ambitions. Le visuel est impressionnant. Le tournage en 6K offre une qualité d’image saisissante, pour un rendu sur petit écran qui conserve une grande richesse de détails et de couleurs.

Evidemment, et sans vouloir jouer les chiens de garde, The Terror est à regarder dans la meilleure résolution possible, et sûrement pas sur tablette ou mobile, ce qui reviendrait à passer complètement à côté de sa dimension sublime.

L’image est belle, mais la production évite judicieusement le piège d’un rendu trop lisse. Dans un entretien pour AFCinéma, le directeur de la photographie Florian Hoffmeister explique comment il a conçu l’image de la série, entre codes contemporains et références.

Hoffmeister fait le pari d’un ton mystérieux, jouant sur une composition « sombre avec de la matière et des couleurs délavées ». En reprenant des méthodes éprouvées par le cinéma, il choisi une méthode de traitement argentique utilisée dans les années 1990 qui donne à The Terror ses « couleurs mutantes, un fort contraste et de la matière à l’écran, avec le grain de la pellicule [devenant] plus présent ».

En plus de son grain authentique et accrocheur, son teint sombre et ses lumières ternes, The Terror recouvre ses ambiances d’un subtil halo sépia, qui avilit son sujet et renforce son ambiance surnaturelle. Un visuel ouvertement hostile, qui exerce sur nous une violence physique autant que psychologique. La démonstration crûe mais jamais gratuite d’un paysage inhospitalier et stérile.

La musique

L’atmosphère malaisante de The Terror doit beaucoup à sa bande son, guidée par l’auteur et musicien suédois Marcus Fjellström (1979-2017).

Connu pour ses compositions expérimentales, Fjellström élabore un univers musical et sonore oppressant, jouant sur des sonorités grinçantes et un tempo ralenti.

Pour son thème principal, LM-118, il fait appel au piano dont les notes aiguës s’abattent froidement, comme la glace qui gagne les navires et s’empare de l’esprit de ses occupants. Les notes claires, pareilles à la Lune montante, s’allongent comme pour signifier l’éveil d’une monstruosité endormie, puis redescendent et s’évanouissent dans le silence d’une nuit noire et dévorante. Une composition au rythme lent et lancinant qui ne laisse aucune place à l’espoir.

De manière générale, Fjellström fait le choix des percussions, dont il s’amuse à étirer l’écho pour magnifier la puissance évocatrice du Mal. A ce style déjà angoissant, s’ajoute un fond sonore menaçant, alternant entre le souffle agité du vent et le crépitement sourd typique d’une nuit sans vie. Une composition grinçante, hostile, inquiétante mais toujours suffisamment discrète, qui vient s’ajouter à l’atmosphère visuelle déjà très symbolique de la série.

Le décor

C’est sans doute l’un des plus grands accomplissements de la série.

Bien entendu, il faut louer le travail effectué sur le HMS Terror, le formidable navire d’exploration de la Royal Navy, reproduit à échelle humaine.

Un exploit qui permet à la caméra et au spectateur d’évoluer au plus près de l’équipage, dans un décor envoûtant qui ne trahit jamais les astuces de tournage comme le ferait une reproduction partielle.

Mais la vraie prouesse est ailleurs, ou plutôt dehors. Au cœur du récit, dont elle incarne le principal antagoniste, la banquise est un environnement complexe qu’il ne faut pas sous-estimer. D’autant plus que c’est bien d’elle qu’émane l’aura mystique et magnétique caractéristique de The Terror.

Ici encore, la production s’est surpassée. Qu’il s’agisse de ses vastes étendues de neige immaculée ou de son blizzard battant aux flocons presque palpables, tout paraît authentique..

Un rendu d’autant plus saisissant lorsque l’on connaît la difficulté logistique et technique que représente la gestion de la fausse neige à l’écran.

Car mis à part quelques environnements naturels, comme l’île de Pag de Croatie, The Terror n’a pas été réalisée en extérieur. La quasi-totalité de la série a été tournée dans un studio à Budapest, la capitale hongroise depuis longtemps haut-lieu de la production audiovisuelle internationale.

Un environnement entièrement artificiel, un défi technique qui n’est pas sans évoquer la prouesse du film The Martian, du même Ridley Scott

Pris dans cet équilibre de la tension permanente et insidieuse, les spectateurs sont comme autant de personnages victimes de leurs émotions les plus primaires.

Un rythme lent et tendu, une image terne et malsaine, une musique froide et lancinante et un décor immersif ; The Terror emprunte les fondamentaux de l’épouvante et les sublime dans une composition au sens artistique et cinématographique remarquable. Personnages et spectateurs subissent cet enfermement à la fois visuel et auditif. Une plongée en apnée de 8 heures qui enchaîne doute, peur, souffrance et désespoir, dans une maîtrise de la tension qui frôle la perfection.

3/ Un épreuve humaine

Pour tout ce qu’il apporte au récit, le surnaturel n’en reste qu’un élément secondaire. La véritable épouvante n’est pas celle provoquée par l’inconnu des terres enneigées ou les monstres qui y sommeillent. The Terror est avant tout une chronique de la déchéance humaine ; une expérience de la vraie monstruosité, qui met à l’épreuve tout sens moral.

Un objet d’émotion pure

La réussite de ce pari tient à la justesse et la précision de son interprétation.

The Terror évite les écueils classiques du film ou de la série d’horreur et qui ont trop longtemps participé à ternir le genre et son sérieux. Ici, ni jeune premier candide, beau, jeune et dynamique, ni héroïne de service, téméraire et entêtée. La série se passe également du gros bras écervelé ou de la jolie blonde pulpeuse destinée à servir d’appât.

Elle défait les archétypes et taille des personnages profonds, mystérieux mais jamais clichés. Le casting est mené par trois poids lourds : Ciaran Hinds et Tobias Mendzy, déjà réunis dans Rome et Game of Thrones, et Jared Harris (Mad Men, Chernobyl) dans le rôle des trois principaux officiers de l’expédition.

Un casting 100% britannique donc, mais surtout un casting de talents, car c’est la force de leur interprétation qui plonge le spectateur dans cette odyssée noire et fait de The Terror une grande série et une icône de l’épouvante à la télévision.

Il faut décerner une mention spéciale au bon et droit Dr. Goodsir, interprété par un Paul Ready saisissant. La force de conviction inouïe de cet homme doux, généreux et désintéressé y est pour beaucoup dans la charge émotionnelle de la série.

Un personnage attachant qui livrera à la série sa scène la plus impactante.

Une incarnation fine et percutante, qui transporte l’audience au cœur de cette tragédie à ciel ouvert. Ému par ces personnages et témoin de leur lent supplice, le spectateur s’attache et souffre d’un tourbillon d’émotions pures, fortes et authentiques.

The Terror est une série qui se vit de manière profonde et intense, avec ses tripes. Une expérience sensorielle au cœur du projet même de l’art cinématographique, et c’est pourquoi il faut souligner la réussite brillante et singulière de la série.

Dans une sorte de jeu pervers, la série s’amuse de son auditoire accablé par la solitude des marins, dont l’esprit dérive peu à peu dans l’ombre. Une ombre d’où surgit la violence.

Un portrait de l’horreur humaine

Car la véritable horreur de The Terror réside dans le penchant naturel et primaire de l’être humain pour la violence.

Son histoire est celle d’une descente aux enfers dans la folie et le cannibalisme. Brisé, broyé par la solitude et l’hostilité de l’environnement, l’humain cède la place à la bête. Une spirale hideuse et bouleversante qui nous interroge sur les origines de cette violence.

L’évolution de ces hommes autrefois fiers en bêtes viles et sournoises paraît si radicale qu’elle ne peut qu’être l’objet d’un maléfice. D’où peut provenir cette bassesse, sinon de cette terre maudite et hantée ?

C’est là que l’on recroise le chemin des inuits, et alors on se souvient. Cette dégringolade n’a rien de soudain, elle a commencé il y a bien longtemps. Une noirceur en gestation dans le cœur des hommes, qui s’éveillait au fur et à mesure que ces derniers échappaient aux contraintes sociales de la civilisation. Une noirceur exprimée dans les premières heures de la série, dans un acte de violence soudaine et gratuite à l’encontre d’un groupe d’amérindiens. Un meurtre en apparence isolé et sans conséquences, mais qui laissait déjà entrevoir la complaisance des hommes à commettre la faute suprême.

La répétition de ce crime une seconde fois agit comme un déclic. Tout en offrant un aperçu du triste sort des populations natives du Nord au contact des explorateurs européens, ces scènes questionnent notre acceptation inégale de la violence entre ces deux groupes humains.

En fin de compte, entre ces inuit et leur co-matelots, il n’y a qu’un pas. Une limite intériorisée par une vie de normes sociales. Un verrou sur le point de sauter.

Est-ce là tout ce que nous appelons « civilisation », une simple règle morale intériorisée, empêchant les hommes de s’entre-dévorer ? Une hypocrisie collective, qui accepte régulièrement quelques exceptions afin de perdurer ?

Tout en interrogeant notre aptitude naturelle à la violence, The Terror offre un regard cru sur une épopée des temps jadis, bien loin des récits élogieux qui en ont été inspirés.

Une oeuvre tragique

Le désespoir qui transparaît dans les derniers épisodes afflige le spectateur d’une certitude grandissante : ce périple est sans issue.

The Terror raconte la décrépitude de l’homme face à sa propre folie destructrice. Un récit mythique de l’humanité aux prises d’un élément presque divin et insurmontable.

Certains de ces hommes vont faire preuve d’une force de caractère et d’une compassion à toute épreuve. Un sens de l’abnégation presque total, qui évoque les plus grands héros tragiques. Ceux qui s’élèvent contre la volonté des dieux et osent porter le glaive contre l’éclair. Un refus d’accepter l’inévitable, d’être emporté par le tourbillon d’un monde prédéterminé.

Mais ces actes nobles face à l’horreur demeurent isolés et leur nombre s’amenuise. Car là réside une vérité absolue : tout le monde a sa limite. Tôt ou tard, les plus hardis et les plus compatissants seront submergés par la peur, la faim, le froid.

Ce n’est donc qu’une question de temps avant que la folie les emporte, ou qu’ils trouvent le réconfort dans une quelconque forme de suicide. Face au Léviathan de la folie humaine, il n’y a pas d’issue sinon la mort.

Seul un homme survit au massacre, comme pour contempler l’ampleur du drame qui s’est joué autour de lui et emporter avec lui sa mémoire. Un homme brisé par son périple, qui trouve refuge dans le silence. A la possibilité de retourner parmi les siens, il tourne résolument le dos.

Certainement qu’il ne le veut pas, pas après avoir assisté à la folie des siens et contemplé la triste réalité de sa propre nature.

Mais il faut également considérer qu’il ne le puisse pas. Les épreuves qu’il a traversées et son voyage au plus près de la noirceur ont eu raison d’une partie de son âme. Il n’est plus l’homme qu’il était. Incapable de reprendre sa place parmi la civilisation, il demeure l’hôte de ces terres glacées ; une ombre silencieuse parmi les esprits.

Le bilan

The Terror est une série qui réussit son pari. Cohérente, équilibrée et référencée, elle brille par une interprétation efficace et une ambiance envoûtante.

Ses deux premiers épisodes sont les plus complexes. Largement dépourvus d’action, ils servent à poser les personnages et l’ambiance de la série. Une étape indispensable qui demande donc de l’attention. Une fois le cadre posé, le rythme s’accélère et la série offre l’une des meilleures expériences de télévision de 2018.

Cette première saison de The Terror est assurément un chef d’œuvre sous-estimé. S’il y a toujours une raison de pinailler sur un élément de décor ou une expression maladroite, il faut bien admettre que cette première saison d’anthologie est d’une facture rare, qui grandit son médium.

L’aspect le moins convaincant de la série réside dans ses effets spéciaux, et plus précisément du monstre fantastique qui offre à The Terror de grands moments de frayeur. Le parti pris visuel de la production ne passe pas toujours très bien à l’écran mais reste convenable pour un budget serré.

Dans son ensemble, la série est un exploit qui a simplement manqué de visibilité en raison de sa distribution et restera longtemps une référence de l’épouvante à la télévision.